REVUE DE PRESSE

 

 

Le Soleil, Déco - Samedi 26 octobre 2002

Les oiseaux d’Éric Tardif font chanter le bois

Michel Bois

En découpant ses planches, le menuisier laisse tomber tout autour de lui des lattes de bois minces, étroites et souples. Qu’en fait-il ? Du feu, le plus souvent… Pourtant, c’est une belle matière que ces lattes de bois satiné, une matière qui se prête admirablement à la création artistique. Il semble, cependant, que personne n’y ait pensé sérieusement avant les Scandinaves — en particulier les Finlandais, qui ont créé tout un artisanat.

Plus tard la découverte des techniques de pliage des lattes à la vapeur, par un ingénieur tchèque au siècle dernier, a apporté ce nouveau matériau aux créateurs : le bois épousant la forme parfaitement sous l’humidité chaude et la force des bras dans la même création. Les recherches d’Éric Tardif en sculpture l’ont conduit vers ce bonheur fugitif à peine ébauché par l’audace et la fragilité du regard sur les textures du bois.

Les oiseaux d’Éric Tardif font chanter l’orme, le noyer, l’érable et le cerisier sur les ailes d’un hymne secret qui révèle des trésors de poésie. Il est venu l’art il y a huit ans, en s’inscrivant à l’École de sculpture de Québec, une école où il a découvert, avec la naïveté de l’enfance, le plaisir bouleversant de voir se dresser devant lui un oiseau qui reflète une merveilleuse étrangeté. « Le matériau me dicte la manière de faire. La souplesse du bois, ses défauts et sa raideur me donnent des indices sur l’oiseau déjà en mouvement qui va naître de mes assemblages. », dit-il. Comme chez les Amérindiens, il est à l’écoute du matériau qui prend forme entre ses mains.

D’abord naturaliste de la réserve faunique de Cap-Tourmente, il crée aujourd’hui des volatiles qui seraient des terres vues, tant des poètes que des amateurs d’art, par la légèreté, la grâce et la rareté, mais portant tous les signes, toutes les attentions, toutes les projections spirituelles de notre vie. Voici, en sommes, des oiseaux de voyance qui captent l’énergie et les effluves du temps, les alluvions de l’éternité et la trace de l’existence de l’artiste en ce bas monde. Tardif aime les atmosphères et son tempérament de sculpteur se gonfle des impressions de l’atmosphère. Ses oiseaux reflètent cet espace conquis, cette multiplicité sensorielle. Chacune de ses sculptures communique une vision globale de la légèreté de voler. Mais l’originalité de sa technique tient à qu’il soit sensible aux textures du bois très lisibles. « Les bois fruités, l’orme, le cerisier et le noyer parlent par eux-mêmes. Pourquoi peindre ces bois porteurs de l’histoire du monde ? »

LA CONQUÊTE DE L’AMÉRIQUE

Reconnu pour son originalité, ce sculpteur québécois, au volant d’un motorisé home made, devrait, dans les jours prochains, prendre d’assaut l’Amérique toute entière pour y dévoiler ses œuvres les plus récentes. Pour lui, pas question de suivre les discours de l’art. Beauté, Liberté, Éternité, telle est sa devise. Et la thème de l’oiseau illustre bien sa philosophie. Présent à New-York, à Toronto, à Buffalo et en Floride, sans oublier la Foire internationale des métiers d’art de Florence, en Italie, la Foire internationale de Fort-de-France, en Martinique.Sa participation a été remarquée à l’Exposition internationale d’art Florart, sur l’Île Awaji, au Japon, où il a remporté un prix d’excellence. Éric Tardif a des amateurs dans le monde qui lui font une cote internationale. Lui, de son allure d’ange vagabond, va avec naturel dans la vie comme dans son œuvre.

On retrouve les œuvres d’Éric Tardif à la galerie Sarenhes, 89, rue Saint-Paul, également à la Boutique des métiers d’art, 29, Notre-Dame, place Royale, à la galerie Iris, 29, Saint-Jean-Baptiste, Baie-Saint-Paul, et dans son site Internet : www.erictardif.com.

 

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